La République malheureuse

La République malheureuse

June 12, 2017 French 0

Photo Source: http://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/presidentielle-france-2-veut-reunir-tous-les-candidats-trois-jours-avant-l-election-21-02-2017-6699540.php

Le 28 février, après des mois de réflexion et de discussions intensives partout ou j’en avais l’occasion sur l’état actuel de la France, de ses ébats politiques mais surtout sur l’élection de Novembre, j’ai eu l’opportunité d’aller à Chatham House, à une conférence suivie d’un débat sur l’élection qui s’avérèrent passionnants. L’élection française était, pour moi ainsi que nos camarades français et férus de politique, un sujet passionnant et terrifiant à la fois. Entre les Socialistes avec une popularité en baisse constante après 5 années catastrophiques au pouvoir qui ont vu une croissance du chômage et des évènements terribles comme les attaques du Bataclan et de Nice et des candidats complètement inhabituels comme Marine Le Pen ou Emmanuel Macron, se posant comme des contradictions au système en place, de manière plus ou moins vraie, j’étais très impatient d’entendre l’avis des experts sur le sujet. Le professeur John Gaffney, auteur de livres tels que France in the Hollande Presidency : The Unhappy republic a apporté d’excellentes clarifications sur le contexte historique de la Vème République française dont la situation actuelle découle, selon lui. Le Professeur Gaffney résume les évènements qui ont amené cette élection tumultueuse en 4 points.

Le premier est l’établissement post-seconde guerre mondiale de la 5eme république par Charles de gaulle, qui a créé un parlement composé de multiples partis en désaccord constant, forcés de créer des coalitions à 3 partis, ce qui rend un gouvernement majoritaire pratiquement impossible.

Le second problème est le Mythe du puissant leader présidentiel et providentiel, autour duquel les partis étaient censés graviter de manière bipolaire, à droite et à gauche. Ce mythe a été détruit, selon le Pr. Gaffney, par des présidents tels qu’Hollande qui se posait comme « un président normal ». Une preuve de cette faiblesse est le fait que le Leader de l’Europe et de l’union européenne a toujours été le président Français, cependant aujourd’hui, il semblerait que Merkel ait assumé ce rôle. En ce mythe, Gaffney voit la création du personnage de Marine Le Pen, avec ses images de campagne affichant un nom et une femme, MARINE, supposément semblable à une nouvelle statue de la liberté, ou en notre cas une nouvelle Marianne (c’est bien pratique).

Le troisième problème est celui des profondes racines des idées politiques françaises. Le paysage politique français semble, d’une part, être assez figé idéologiquement, mais cela serait surtout à cause de la profondeur des idées, leur histoire et leur aspect très intellectuel et philosophiquement développé. C’est même le cas de l’extrême-droite Française, dont l’idéologie et la morale ont été développées de manière clinique et avec de nombreux intellectuels se basant sur un nombre impressionnant de traditions et de thèses en ressortant.

Et enfin, le quatrième problème est la mémoire et l’envie de retour à une gloire passée chez beaucoup de français. Nombreux sont ceux, et pas seulement dans l’électorat du Front-National, qui ont de ces mémoires collectives ou familiales d’idéaux comme les 30 glorieuses, ou la France prospérait économiquement, et qui veulent y revenir, ce qui devient aujourd’hui une promesse des politiciens, mais qui semble être majoritairement une sorte de Make France Great Again.

Ensuite, la conférence s’axa principalement sur l’explication des divers programmes présents, y portant un jugement pragmatique et objectif et rendant moins vague ces élections. Tout d’abord, Benoît Hamon, candidat socialiste avec relativement peu d’expérience, qui semble être une personne sympathique mais n’a aucun programme apparent. Il essaye depuis des mois d’unir son parti avec les partis verts et écologistes, mais c’est impossible puisqu’ils ne sont d’accord sur rien à part l’énergie. Emmanuel Macron, candidat indépendant, a son propre mouvement, En Marche, mais c’est problématique puisque cela veut dire que s’il a une idée ou politique de droite ou de gauche, il sera perçu comme l’un ou comme l’autre. De plus, il n’a jamais été élu, seulement choisi par Hollande et n’a jamais débattu en direct, le rendant ainsi vulnérable aux critiques. Jean-Luc Mélenchon, candidat fortement à gauche proposerait des choses impossibles, comme emprunter 176 milliards à la Banque Centrale européenne et augmenter le SMIC de 13%, ce qui, selon monsieur Gaffney, exploserait la dette et serait infaisable. François Fillon, dont l’élection comme candidat républicain était déjà une surprise, vu que leur objectif semblait être d’éviter l’élection de Sarkozy, a un programme centre-droit fort dont les idées sortantes sont « je vais nettoyer les dégâts du gouvernement précédent » et « je suis le candidat fort et moral ». Néanmoins, avec le scandale de Pénélope, une affaire de fraude fiscale, la partie morale semble avoir explosée. Et enfin Marine Le Pen, qui se place comme la dirigeante femme-forte et providentielle, ayant nettoyé sa campagne du logo enflammé du FN et voulant créer une France nouvelle revenant à des valeurs perdues.  Le problème avec son éventuelle élection est qu’en ce moment, le FN n’a que 2 députés à L’Assemblée nationale, ce qui rendrait la création d’un gouvernement stable très complexe, et formerait un parlement peu coopérant.

Personnellement, je vois cette élection se développer de manière terrifiante. L’affaire Fillon a, comme je le redoutais, donné plus de crédibilité à la gauche, dont les membres sont tout autant corrompus et dont les politiques ont massacré la France en explosant la dette et sans régler aucun des problèmes économiques et identitaires présents il y a 10 ans déjà. Il est clair que beaucoup de français aussi en ont assez de cette gauche qui leur a menti et a laissé faire des horreurs croitre et frapper le pays, comme les multiples attentats sanglants, comme le montre la popularité de Le Pen qui propose une France forte comme il le faudrait et un règlement prompt des problèmes d’identité, mais un manque de tact et de politiques économiques assez visibles. Il est possible que cette élection soit la plus intéressante de la Vème république et ait un résultat fracassant toute attente et chamboulant l’ordre politique tel que nous le connaissons.

Oscar Saarbach